La fête du sacrifice, les musulmans ont été beaucoup moins pratiquants cette année au Québec

3 Novembre 2013 , Rédigé par La jeunesse de l'Islam au Québec

La fête du sacrifice, les musulmans ont été beaucoup moins pratiquants cette année au Québec

Chaque année, des musulmans de partout dans le monde pratiquent l'Aïd Al-Adha, ou fête du sacrifice, où l'on doit abattre soi-même un agneau. Au Québec, ils ont été moins nombreux cette année à perpétuer le rite. Selon des données de la Fédération des producteurs d'agneaux et de moutons, 1600 agneaux ont été vendus en 2013 la veille du sacrifice, comparativement à 3200 en 2012.

Photo AP


(Québec) Les musulmans du Québec ont été moins nombreux cette année à abattre eux-mêmes un agneau à l'occasion de la fête du sacrifice. Les problèmes de logistique, des considérations économiques, mais aussi le mauvais climat social autour de l'islam expliqueraient cette baisse, selon un chercheur de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

L'Aïd Al-Adha, ou fête du sacrifice (ou fête du bélier, fête du mouton, Aïd Al-Kébir...), rappelle chaque année la soumission d'Abraham, qui avait accepté de sacrifier son fils unique à Dieu. Au moment où il s'apprêtait à poser son geste, l'ange Gabriel a substitué le fils par un agneau.

Le Québec compte entre 200 000 et 250 000 musulmans, et nombre d'entre eux perpétuent le rite. Mais comme l'activité se fait sans soutien ni infrastructures, elle se déroule souvent en cachette et dans une certaine anarchie.

Des reportages ont montré ces dernières années des scènes peu réjouissantes d'abattages de groupe dans des conditions physiques non appropriées. Le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) est aussi intervenu à plusieurs reprises dans ces abattoirs improvisés.

Dans les jours précédant la fête qui avait lieu cette année à la mi-octobre, le professeur Khadiyatoulah Fall, de l'UQAC, a sondé près de 800 musulmans de 18 ans et plus résidant au Québec sur leurs intentions pour cette occasion. Le sondage a été réalisé par l'entremise des réseaux sociaux et de sites associés à l'islam.

À ce moment, 46,5 % des répondants avaient l'intention de sacrifier une bête, et 53,5 % ne comptaient pas le faire. Parmi ceux qui ne sacrifieraient pas, plus du tiers (36,5 %) l'avait déjà fait au Canada, ce qui fait dire à M. Fall qu'il y a une diminution.

Son propos trouve un certain écho dans les données de la Fédération des producteurs d'agneaux et de moutons, qui tient un encan la veille du sacrifice depuis quatre ans. Le nombre d'animaux vendus à cette occasion a été de 1800 en 2010, 2500 en 2011, et 3200 en 2012, avant de chuter cette année à 1600.

Diverses raisons

La principale raison évoquée dans le sondage pour ne pas ou ne plus sacrifier est d'ordre logistique, pour des questions de commodités (27 %). Acheter un agneau et l'abattre soi-même demande en effet une certaine organisation. D'ailleurs, 40 % des gens ont déclaré que trouver un agneau (ou un veau dans 6 % des cas) s'avère difficile ou très difficile.

Les considérations économiques viennent au deuxième rang des freins à l'abattage, à 20 %; les motivations «autres» suivent, à 18 %.

Selon M. Fall, plusieurs répondants ont dit en entrevue vouloir éviter de jeter de l'huile sur le feu dans un contexte où l'islam est souvent pris à partie. Le débat sur la charte des valeurs québécoises, les abattages rituels qui se sont retrouvés à la une de certains médias, le débat sur la viande halal qui a sévi l'an dernier, tout cela incite une partie des musulmans à se faire discrets, croit-il.

Le sondage révèle aussi que lorsque le sacrifice a lieu, il se déroule la moitié du temps dans un abattoir, contre 44 % à la ferme et 7 % à la maison.

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Des éleveurs plus frileux

Les éleveurs d'agneaux du Québec semblent être devenus plus frileux à l'idée d'ouvrir leurs fermes pour la fête musulmane du sacrifice. Les inspecteurs du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ), qui avaient identifié 12 sites d'abattage rituel hors des abattoirs l'an dernier, n'en ont trouvé que quatre cette année.

Le ministère a reçu 13 plaintes et mené 34 interventions en 2013, contre 17 plaintes et 40 interventions l'an dernier. Il est trop tôt pour dire combien de rapports d'infraction à la loi résulteront des constats faits cette année, puisque c'est le ministère de la Justice qui tranche cette question, ce qui peut prendre près d'un an. En 2012, cinq rapports d'infraction ont été dressés, et six l'année précédente.

Le directeur général de l'inspection des viandes au ministère de l'Agriculture, Daniel Tremblay, rappelle que la Charte des droits et libertés permet l'abattage rituel lorsqu'il est effectué par le propriétaire de l'animal lui-même. Un éleveur peut ainsi vendre un agneau et permettre à l'acheteur de l'abattre sur sa ferme, mais il ne peut lui fournir ni outils, ni aide, ce qui constituerait alors de l'abattage sans permis. En d'autres mots, ce n'est pas parce qu'il y a de l'abattage rituel sur une ferme que c'est illégal.

La question du bien-être animal est elle aussi au centre des interventions, les inspecteurs ayant à s'assurer que la souffrance est réduite au minimum, dit M. Tremblay.

Bien que celui-ci dise croire que peu d'endroits aient pu échapper à l'oeil des inspecteurs, le filtre n'est pas complètement étanche. Le Soleil a en effet parlé à un éleveur ayant autorisé l'abattage d'une quinzaine de bêtes sur sa ferme hors des cadres prévus par la loi. Il n'a pas été inquiété par les autorités, dit-il, parce qu'il a procédé à... 4h du matin!

Préparation

Après avoir dû réagir de façon parfois improvisée ces dernières années, le Ministère se prépare de mieux en mieux pour l'événement, assure Daniel Lemay.

Une entrevue dans le journal La Terre de chez nous peu de temps avant a ainsi permis de sensibiliser les agriculteurs aux règles à respecter. Une sensibilisation peut-être d'autant plus efficace qu'un homme témoignait avoir reçu une amende de 8000 $ pour abattage illégal! L'agriculteur «hors la loi» à qui Le Soleil a parlé dit, pour sa part, avoir décommandé une dizaine de clients après avoir lu l'article.

Pour la première fois également cette année, M. Lemay a rencontré des représentants de la communauté musulmane pour les informer de la réglementation et, surtout, pour les inciter à acheter plutôt leur agneau dans un abattoir.

Le fonctionnaire a l'impression que la fête du bélier s'est tenue cette année avec moins de désordre que dans les dernières années. Il dit croire à l'effet positif de la sensibilisation et n'écarte pas l'idée de renforcer le message dans les années futures.

* Méthodologie

Le sondage sur les pratiques d'Aïd Al-Adha au Québec a été réalisé du 8 au 14 octobre par la firme MarkEthnik de Montréal. La collecte de données a été faite sur les réseaux sociaux et par l'entremise de sites islamiques auprès de musulmans de 18 ans et plus résidant au Québec. Le nombre de répondants a été de 794, dont 401 ont été validés. Le sondage a été réalisé dans le cadre d'un projet de recherche de la Chaire d'enseignement et de recherche interethniques et interculturels (CERII) de l'Université du Québec à Chicoutimi, de chercheurs du réseau de l'Université du Québec et du Laboratoire d'anthologie sociale du CNRS de Paris. L'étude comportait un volet quantitatif et un volet qualitatif (entrevues).

Source: http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/societe/201311/02/01-4706625-la-fete-du-sacrifice-moins-soulignee-au-quebec.php

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