On accorde trop d’attention à Mme Houda-Pepin

23 Janvier 2014 , Rédigé par La jeunesse de l'Islam au Québec

huffingtonpost.ca
Contestation de Fatima Houda-Pepin: la patience de Philippe Couillard a atteint sa limite

Voilà, Fatima Houda-Pepin s'est enfin fait montrer la porte du Parti Libéral. Cela allait de soit, un parti qui se nomme LIBÉRAL ne peut nécessairement pas garder un membre qui milite contre les droits et libertés des femmes musulmanes.

De toute façon, comme l'a écrit dans Le Devoir Yara El-Ghadban professeure à l'Université d’Ottawa: ''On accorde trop d’attention à Mme Houda-Pepin''

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Le Devoir
La réplique › Charte de la laïcité - On accorde trop d’attention à Mme Houda-Pepin

En lisant les articles sur la libérale Fatima Houda-Pepin, je ne pus m’empêcher de poser la question… Pourquoi la députée de La Pinière mérite-t-elle toute cette attention ? Est-elle une experte de l’islam ou des communautés musulmanes au Québec ? Son doctorat en études internationales est certainement la preuve d’une excellente éducation, mais un tel diplôme ne fait pas de la personne un expert ni d’ailleurs un intellectuel.

Le travail intellectuel et l’expertise qui en découle requièrent une certaine patience, la capacité de réfléchir par-delà les expériences personnelles et surtout la capacité de porter un discours nuancé qui prend en compte les réalités complexes.

Malheureusement, toutes ces caractéristiques manquent à Mme Houda-Pepin. On n’arrête pas de la présenter comme une experte sur les questions de l’intégrisme musulman au Québec, et pourtant, il suffit de regarder son CV (publié sur le site de l’Assemblée nationale) pour constater qu’elle n’a que très peu de liens et de rapports en matière de travail et de recherche avec les communautés dont elle parle.

Anecdotes

La section « engagement communautaire » n’est qu’une liste des prix et distinctions qui lui ont été accordés par des instances institutionnelles et gouvernementales. Ce n’est certainement pas la posture de quelqu’un qui travaille auprès des gens. Pas une seule mention d’un certain travail de terrain auprès des communautés.

Son discours sur l’intégrisme est basé sur des anecdotes qui se répètent d’ailleurs. Les dossiers qu’elle « maîtrise » et qui sont prétendument remplis de preuves d’une montée de l’intégrisme musulman au Québec comme par hasard ne trouvent jamais leur chemin vers l’espace public, ne mènent jamais à des enquêtes à travers lesquelles on peut vérifier ce qu’il en est.

Pouvons-nous s’il vous plaît arrêter d’accorder une carte blanche à une députée sur le seul fait qu’elle soit musulmane ? Pouvons-nous lui donner le micro en nous basant sur ses réelles compétences et non sur le fait qu’elle soit la seule musulmane élue ?

Pouvons-nous s’il vous plaît faire un véritable travail journalistique et examiner la validité de ses propos et sur quoi ceux-ci s’appuient ?

Le 15 novembre, il y a eu une table ronde à l’INRS avec des femmes expertes du fait religieux au Québec, de la communauté musulmane à Montréal, qui ont fait du terrain et des recherches et de la clinique à titre de psychiatres, d’anthropologues, de sociologues, de politologues, de philosophes auprès de Québécois musulmans et des groupes minoritaires en général depuis des décennies. La majorité n’était pas musulmane, mais elles ont mille fois plus de crédibilité quant à la réalité montréalaise qu’une femme politicienne qui ne travaille qu’avec d’autres politiciens.

Contradictions

Ce que ces expertes ont à dire contredit tout ce que les Houda-Pepin, les Benhabib et autres figures si attirantes par leur identité prétendent savoir et combattre. Y avait-il des journalistes à cette table ronde ? Non. Va-t-on en entendre parler au-delà des citoyens qui ont fait l’effort de venir les entendre ? Non.

Est-ce une coïncidence qu’on ne puisse appuyer la charte ou le projet de loi par aucune étude ? Est-ce un hasard qu’on ait mis la date limite pour la soumission de mémoires sur le projet de loi 60, le 20 décembre, un délai de moins qu’un mois qui tombe avec la fin de la session universitaire et donc qui ne permet pas aux experts de contribuer des textes réfléchis et développés, pris qu’ils sont par les responsabilités de la fin de session ? Est-ce un fait anodin que le fameux site auquel les citoyens avaient été invités à contribuer et sur lequel le ministre Drainville s’appuie n’attribuait que 400 caractères d’espace afin de s’exprimer ?

Pourquoi tant de journalistes veulent-ils entendre Mesdames Houda-Pepin ou Djemila Benhabib et pas les gens de terrain, les vrais intellectuels qui réfléchissent sur ces questions, non pas en se basant sur leurs expériences personnelles, mais sur le travail qu’ils font sur le sujet et auprès des membres des communautés visées depuis des années ?

Autorité

Quelle autorité ont-elles, ces femmes, à part le fait d’être musulmanes et d’avoir eu une mauvaise expérience à l’école dans leur pays d’origine ? Faut-il rappeler que nous ne sommes pas en Tunisie ou au Maroc ou en Algérie ? Faut-il rappeler dans le cas de Houda-Pepin qu’à part le fait de mentionner des femmes voilées entre elles qu’elle a vues dans une maison quelque part, elle n’a rien démontré de sa thèse sur l’intégrisme musulman au Québec ? Faut-il souligner que Benhabib ne cherche ses exemples que dans d’autres pays que le Québec ? Il y a bien une raison à cela : soit la réalité dont elle parle n’est pas tout à fait celle qu’elle représente, soit elle ne connaît tout simplement pas cette réalité et donc ne pourrait pas en chercher des exemples.

Vous voulez entendre absolument des musulmanes ? Pourquoi pas Leila Benhadjoudja, Sherene Razack, Amel Belhassen, Leila Bedeir et les innombrables femmes qui oeuvrent au sein de la Fédération des femmes du Québec ? S’il vous plaît, n’allez pas les interpeller parce qu’elles sont musulmanes, mais parce qu’elles ont la compétence intellectuelle pour le faire.

Je vous prie de faire votre travail de journalistes et d’arrêter de répéter sans aucune distance critique les dires de certaines figures simplement parce qu’elles affichent leurs identités ou parce qu’elles disent des choses spectaculaires.


Yara El-Ghadban - Ph. D., professeure d’anthropologie, Université d’Ottawa

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Umm Abdelhaqq 24/01/2014 16:13

Salam alaykoum,

Bien évidemment, on ne veut que les commentaires "d'expertes" soient disant musulmanes puisque leurs avis va dans le même sens que ceux du gouvernement.
On accorde trop d'importance aux Benhabib et Houda-Pépin et peu de place au Mourani, qui d'ailleurs n'est pas musulmane!