Le Québec face à l’islamophobie

10 Mars 2017 , Rédigé par La jeunesse de l'Islam au Québec

 

La fusillade du 29 janvier au Centre culturel islamique de Québec, qui a entraîné la mort de six musulmans, a placé les Québécois face à une réalité souvent sous-estimée : la montée d’un climat islamophobe chez eux.

Même si on ne peut établir de lien direct entre l’attentat et la « critique de l’islam » qui occupe une grande place dans le débat public, les musulmans constituent aujourd’hui une des minorités les plus stigmatisées, que ce soit au Québec ou dans l’ensemble du Canada.

La montée d’un climat islamophobe est une évidence pour le religiologue de l’UQAM Frédéric Castel, expert de la communauté musulmane au Québec.

« Si on me dit que ça n’existe pas, c’est que tu n’es jamais allé sur Internet de ta vie, tu n’as jamais consulté Facebook », explique-t-il, faisant une distinction entre l’islamophobie dure qui comporte des propos haineux et l’islamophobie commune faite de préjugés, et la peur face à une culture qui est méconnue.

Les sentiments de méfiance et d’hostilité envers les musulmans ont été exacerbés depuis le projet de charte des valeurs québécoises mis de l’avant par le gouvernement péquiste de Pauline Marois. Les débats autour de ce projet ont engendré une multiplication des propos ouvertement xénophobes, que ce soit dans les commentaires du public circulant dans les médias ou sur des sites Internet spécialisés dans la « vigilance » face à l’islam.

Qu’est-ce que l’islamophobie?

Selon la définition la plus récente du Petit Robert, l’islamophobie est une « hostilité contre l'islam et les musulmans ». Le Multidictionnaire, lui, définit l’islamophobie comme un « racisme qui se manifeste par une haine, des préjugés et une discrimination délibérés à l'endroit de l'islam, des membres de la communauté musulmane, pratiquants ou non, ou des objets et lieux de culte islamique ».

Un sujet bien présent dans les médias

Dans un registre moins virulent, les thèmes liés à l’islam sont aussi devenus prévalents dans beaucoup de chroniques d’opinion, que ce soit dans les radios parlées particulièrement populaires à Québec ou encore dans certains journaux comme Le Journal de Québec et Le Journal de Montréal.

Le plus prolifique des chroniqueurs du Journal, Richard Martineau, a publié quelque 700 articles en 10 ans traitant directement ou indirectement de l’islam.

En 2007, Richard Martineau estimait que certains musulmans ne devraient pas fréquenter les cabanes à sucre. « Des musulmans orthodoxes qui vont dans une cabane à sucre, c’est comme des militants adéquistes qui se pointent à un congrès de Québec solidaire. Ça n’a aucun sens, ils n’ont rien à faire là. À moins qu’ils cherchent à provoquer… »

M. Martineau n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue.

Le sociologue Rachad Antonius, de l’UQAM, a étudié la couverture de l’islam par le Journal de Montréal, tant au niveau du traitement de la nouvelle que des articles d’opinion. Il est convaincu que l’effet cumulatif contribue à créer un climat de méfiance.

« J’ai fait une recherche. [...] Sur 49 histoires qui concernaient l'islam, qui concernaient des musulmans, 42 étaient illustrées par des femmes soit en voile, soit en voile intégral. Ce discours finit par dire que les musulmans sont vraiment autre chose, qu'ils sont un danger, qu'ils menacent notre projet collectif. Et surtout, l'effet cumulatif était qu'on pouvait les mépriser », explique Rachad Antonius.

Le rédacteur en chef de Journal de Montréal, Dany Doucet, nous a répondu par courriel. « Les débats d’idées et la liberté d’expression sont le fondement de notre démocratie. [...] Par ailleurs, la montée de l’intégrisme religieux a occupé une place importante dans l’actualité internationale depuis 10 ans [...] Et que dire de la Commission Bouchard-Taylor et la charte des valeurs. »

Il y a les chroniques du Journal… et les débats qu’elles suscitent. Avant même l’attentat à la mosquée de Sainte-Foy, le maire de Québec se vidait le coeur concernant les commentaires que l’on retrouve au bas de certains articles des médias de Québecor.

« Comment voulez-vous qu'on éduque nos enfants, alors qu'une institution comme Québecor laisse des saloperies sur son site? Moi, ça me dépasse », disait Régis Labeaume, en octobre dernier en marge de la Conférence sur la prévention de la radicalisation des jeunes qui se déroulait à Québec.

 

La suite ici : http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/special/2017/03/extreme-droite/quebec-islamophobie-musulmans-mosquee-attentat.html

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