Immigration : où sont les avantages ?

6 Avril 2017 , Rédigé par La jeunesse de l'Islam au Québec

L’immigration entraîne des avantages économiques certains pour les immigrants eux-mêmes. Pour les natifs, ses avantages réels sont plutôt sociaux et culturels, à condition que la capacité d’absorption de la population d’accueil soit respectée.

Il est peu probable que les natifs tirent de l’immigration un avantage économique significatif

Quelle est maintenant la conséquence de l’immigration pour la population d’accueil? La littérature scientifique éprouve beaucoup de difficulté à prouver qu’au net elle en tire un avantage économique. Les professeurs Boudarbat, de l’Université de Montréal, et Grenier, de l’Université d’Ottawa, ont produit en 2014 un survol des recherches pertinentes sur cette question. Il va évidemment de soi qu’avec plus d’immigrants au travail, le volume total de la production économique augmente. Par contre, la valeur de ce qu’ils produisent, les immigrants la reçoivent en revenu propre. Elle aboutit dans leurs poches et non pas dans celles des natifs. En première approximation, logiquement, ce sont donc les immigrants eux-mêmes qui captent la hausse du PIB qu’ils produisent.

La conclusion générale qui ressort des études statistiques examinées par Boudarbat et Grenier est conforme à ce gros bon sens: il est peu probable que le gain que les natifs tirent de l’immigration, s’il y en a un, soit très important. Je n’hésite pas à dire que les organismes qui, comme le Conference Board du Canada, prétendent que la prospérité des Canadiens dépend crucialement de l’immigration et qui préconisent une hausse immédiate du nombre annuel d’immigrants à 400 000 (soit plus de 1% de la population canadienne, ce qui ferait 90 000 au Québec) sont dans l’erreur. Le Board agit dans ce cas comme un lobby et non comme un organisme scientifique.

L’immigration représente un coût net pour les finances de l’État

En fait, si on mesure l’impact de l’immigration sur les finances de l’État, il faut conclure que l’immigration représente au total un coût net et non un avantage économique net pour la population d’accueil. La plupart des recherches existantes conduisent à cette conclusion (par exemple, Dubreuil et Marois 2011 ; OCDE 2013 ; Grady et Grubel 2015). La raison en est que la valeur des services publics reçus par les immigrants au cours de leur vie est supérieure au montant cumulatif des impôts et taxes que ces derniers paient aux gouvernements.

Par exemple, la figure 3 permet de constater que le taux de chômage des nouveaux immigrants est de deux fois (à Toronto) à trois fois (à Montréal) plus élevé que celui des natifs. Les dépenses gouvernementales en soutien au revenu sont forcément d’autant plus importantes pour les immigrants à l’arrivée et ensuite pendant leur longue période d’intégration au marché du travail. La figure démontre aussi que l’intégration est plus lente, et donc plus onéreuse pour les gouvernements, à Montréal qu’à Toronto.

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L’immigration n’est pas une solution au problème du vieillissement de la population

Parmi les avantages économiques présumés de l’immigration pour la population d’accueil, on retrouve l’idée répandue qu’elle serait une solution au problème du vieillissement de la population. Cette idée ne tient pas la route. Le vieillissement coûte cher parce qu’il signifie que la population des aînés, qui a besoin de soutien financier, de soins de santé et de services sociaux, augmente plus vite que la population d’âge actif qui paie des impôts pour financer ces services publics accrus. Une simulation de chercheurs de l’Institut C.D. Howe (Banerjee et Robson 2009) a démontré qu’empêcher le rapport de dépendance aînés/jeunes d’augmenter tel que prévu par Statistique Canada exigerait que le nombre annuel d’immigrants au Canada soit immédiatement multiplié par 5. Au Québec, cela signifierait une hausse colossale qui ferait passer l’immigration internationale de 45 000 à 225 000 par année. Tout à fait inimaginable. Même seulement doubler l’entrée annuelle d’immigrants à 90 000 serait probablement rejeté par la population québécoise, tout en éraflant à peine la poussée du vieillissement. De plus, à long terme, cette déferlante d’immigrants poserait à son tour les mêmes problèmes de vieillissement que nos générations actuelles de baby-boomers. L’étude de l’Institut C.D. Howe propose plutôt, comme antidote aux effets du vieillissement, l’indexation de l’âge de la retraite à l’espérance de vie en santé, comme on le fait en Suède depuis quelque temps.

La baisse de la population d’âge actif n’entraînera pas de pénuries généralisées de main-d’œuvre

L’immigration est également souvent perçue comme une solution aux pénuries de main-d’œuvre qu’on croit voir venir en raison de la baisse de la population d’âge actif. La population québécoise de 15 à 64 ans a déjà perdu 12 000 personnes depuis deux ans et va continuer d’en perdre pour longtemps encore. Cela fait, bien sûr, diminuer l’offre de travailleurs qualifiés. Mais il ne faut pas oublier qu’avec moins de monde dans les âges actifs au Québec, la demande de biens et de services diminue elle aussi, et avec elle la demande de travailleurs qualifiés. L’impact sur les pénuries globales de main-d’œuvre dépend de l’interaction entre la baisse de l’offre et la baisse de la demande. Or, la figure 4 montre que ces pénuries globales ont en fait diminué au Canada depuis 20 ans malgré le ralentissement de la population de 15 à 64 ans qui s’est produit dans l’ensemble du pays.

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Voir l'article complet ici: http://www.lactualite.com/lactualite-affaires/combien-vaut-un-immigrant/

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