Prêts hypothécaire pour musulmans

21 Janvier 2008 , Rédigé par Lajeunesse Publié dans #Finance et Banques "islamiques"

Islam Prêts pour musulmans
Louis Mathieu Gagné
Le Journal de Montréal
21/01/2008 06h21 - Mise à jour 21/01/2008 08h07


La Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) va dépenser jusqu'à 100 000 $ pour mener une étude évaluant comment accommoder les musulmans qui désirent s'acheter une maison tout en respectant la charia.

La société d'État a en effet lancé un appel d'offres le 18 décembre dernier pour la réalisation d'une étude sur les prêts hypothécaires respectueux de l'islam.

«Le crédit hypothécaire conforme à la charia gagne en intérêt à l'échelle internationale. Il y a aussi un intérêt grandissant au Canada», confirme au Journal Stéphanie Rubec, porte- parole de la SCHL.


Accomodement

L'idée est de savoir de quelle façon les Canadiens de religion islamique peuvent être accommodés. En effet, les prêts hypothécaires posent problème car la loi coranique interdit le paiement d'intérêts.

Or, si le nombre de clients musulmans désirant accéder à la propriété augmente depuis plusieurs années au Canada, les banques ignorent comment les servir.

«On a donc décidé de mener une étude pour savoir ce qu'est le crédit conforme à la charia, comment il est pratiqué à l'étranger et comment on peut l'appliquer au pays», explique Mme Rubec.


Une fatwa bancaire

La SCHL emboîte ainsi le pas au Bureau du surintendant des institutions financières. L'organisme a déjà annoncé qu'il examinait des questions réglementaires relatives aux services financiers islamiques.

Jusqu'ici, seule la coopérative d'habitation Qurbuta, basée à Montréal, permet aux musulmans d'ici d'acheter une demeure conformément à leur foi (voir autre texte). Ses moyens limités ne suffisent toutefois pas à la demande.

Et malgré la fatwa lancée par le fondamentaliste égyptien Youssef al- Qaradawi, prédicateur vedette de la chaîne de télévision al-Jazira, invitant les fidèles à faire affaires avec les banques, les musulmans sont réticents.

«Ça va à l'encontre de leurs convictions, explique l'iman Mohamed Aziz Chraibi du Forum musulman canadien. Les banques auraient pourtant intérêt à offrir ce service. Les besoins sont grands.»

La SCHL refuse de se prononcer sur l'impact d'un tel accommodement sur l'opinion québécoise. «L'étude nous éclairera là-dessus», dit Mme Rubec.

«Les gens n'ont rien à craindre, explique pour sa part Rachid Antonius, professeur de sociologie et spécialiste des questions islamiques à l'UQAM. Ce n'est pas un privilège discriminatoire. C'est simplement une autre façon de faire des affaires.»

L'appel d'offres prend fin le 24 janvier. La firme qui remportera la mise devra livrer son étude d'ici la fin de l'année. Elle sera rendue publique ultérieurement et servira de document de consultation pour les institutions financières et les Canadiens. 


Communauté musulmane Une seule coopérative conforme à la charia
Louis Mathieu Gagné
Le Journal de Montréal
21/01/2008 06h21

Yahya Zidani a beau être l'heureux propriétaire d'une jolie demeure à Laval, il n'a pas la conscience tranquille car il a dû contracter pour ce faire un prêt hypothécaire, ce qui est interdit par sa religion.

«J'ai toujours une arrière-pensée. Je n'ai pas la conscience tranquille, mais je n'ai pas le choix», affirme ce Lavallois.

Afin d'offrir un toit à sa femme et ses trois enfants, M. Zidani a dû contracter un prêt auprès d'une banque canadienne, qui implique le paiement d'intérêts.

Une situation «déplaisante» qui doit changer, dit-il. «Le but des banques est de faire de l'argent. Or, ils ont beaucoup d'argent à gagner car la communauté musulmane augmente au pays. Je crois que les choses vont bouger», dit l'homme sur un ton plus optimiste.


Organisme unique

L'iman Mohamed Aziz Chraibi, lui, a pu bénéficier des services offerts à la coopérative d'habitation Qurtuba.

L'organisme, unique en son genre au Québec, respecte l'islam, qui proscrit les prêts à intérêts.

L'emprunteur et le prêteur sont partenaires - ou actionnaires - des lieux. Il n'y a pas de créancier à proprement parler. De façon générale, l'acheteur paie un loyer à la coop jusqu'à la demeure soit entièrement payée.


Un luxe

Tous n'ont toutefois pas cette chance. «Tu dois avoir un acompte d'au moins 40 000 $. La coopérative peut te fournir jusqu'à 150 000 $, affirme l'iman Chraibi. Ce n'est pas possible pour tout le monde compte tenu de l'acompte demandé et du prix des maisons.»

MM. Zidani et Chraibi espèrent que cette étude commandée par la SCHL favorisera la création de services hypothécaires islamiques au Québec, tels qu'ils sont pratiqués par les grandes banques ailleurs dans le monde, comme au Royauime-Uni.

Les musulmans étaient près de 600 000 au Canada en 2001, ce qui représentait 2% de la population canadienne.

Il existe 300 institutions financières islamiques dans le monde. Leurs actifs totaux sont évalués à 250 milliards.




À lire aussi:

>Fatwas sur les Banques dites "Islamique" 
 
Et autres articles sur
Finance et Banques islamiques au Canada




Quant à l'imam dont il est question dans l'article, voir: Mise en garde contre certains enseignements de l'imam montréalais Mohamed Aziz Chraibi...

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