Incursion dans une mosquée de Montréal par Kaléidoscope

12 Mai 2006 Publié dans #Vivre ensemble - Islamophobie

Kaléidoscope organise des visites de week-end sous le thème «Incursion dans les lieux de culte»

Hélène Pâquet
Édition du vendredi 12 mai 2006

Mots clés : Québec (province), religion, kaléidoscope

Pourquoi les sikhs portent-ils un turban? Qu'est-ce que la prière du vendredi? Que font les juifs lors du shabbat dans une synagogue? Pourquoi les mormons ne boivent-ils ni thé ni café? Participer à une visite guidée dans un lieu de culte permet de découvrir tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les religions sans jamais oser le demander.

Nous sommes une douzaine à nous pointer à la station de métro Parc, en ce samedi matin tout gris. Dans quelques minutes, nous entrerons dans la mosquée Assuna-Annabawiyan, l'une des 35 que compte Montréal. Devant nous, des allées d'étagères en bois, comme celles qui servent à ranger les souliers dans les salles de bowling. Il faut y laisser ses chaussures avant de franchir un long escalier.

Une fois en haut, les hommes entrent par une porte, les femmes par une autre. Même si l'édifice où l'on se trouve est d'un âge avancé -- un ancien théâtre qui date des années 50 --, les tapis d'une propreté irréprochable qui couvrent chaque recoin du sol font oublier le côté vétuste des locaux, les murs un peu fatigués et l'éclairage aux néons.

Puis, lorsque se mettent à courir et à rire des volées de jeunes enfants dans le couloir où l'on s'engage, on a vraiment l'impression d'être dans un immense living room dont les parents se sont absentés. Première surprise : pour les musulmans, la mosquée n'est pas qu'un lieu de prière, c'est aussi un centre communautaire.

Notre guide nous conduit dans une petite bibliothèque où un groupe de jeunes d'une dizaine d'années sont penchés sur leurs cahiers. C'est l'école du samedi où garçons et filles étudient le Coran et apprennent cette langue pas toujours parlée à la maison mais qu'on tient à inclure dans leur bagage de connaissances. En semaine, tous vont à l'école publique en français. Les jeunes rient, jouent du coude et chuchotent, trompant la vigilance de leur professeur, un peu émoussée par notre présence.

Nous passons ensuite devant une autre salle où des tout-petits récitent des mots en arabe. Ils n'ont pas plus de six ans et en nous voyant, ils deviennent aussi turbulents qu'une horde de petits Tremblay déchaînés.

Une jeune femme souriante, toute vêtue de blanc, nous accueille ensuite. Son conjoint, début trentaine comme elle, viendra se joindre à nous avec leur bébé. Les deux sont des Québécois de souche convertis depuis quelques années. Nous visitons d'abord la salle de prière des femmes, puis celle des hommes.

Deuxième surprise : l'apparat qu'on associe aux lieux de culte dans la culture chrétienne n'existe pas chez les musulmans : pas de dorures, de bougies ou de velours; les murs sont blancs et nus, ponctués de hautes tablettes en bois sur lesquelles reposent des exemplaires du Coran. Ce dépouillement facilite la relation unique entre Dieu et chaque fidèle.

Sur le tapis, de longues lignes parallèles qui traversent la pièce en diagonale. Elles servent de guides pour s'assurer qu'on prie bien en direction de La Mecque, qui est au nord-est lorsqu'on est à Montréal.

La salle de prière des hommes est aussi grande qu'un terrain de basketball. Lors des cinq prières de la journée, dont l'heure est fixée en fonction du calendrier lunaire, certains musulmans y viennent, d'autres prient ailleurs. Mais pour la prière du vendredi, jour saint, tous sont tenus de se rendre à la mosquée. La prière est alors suivie d'un sermon de l'imam et à cette occasion, la grande salle en tapis mur à mur qu'on a sous les yeux accueille tout près de 3000 fidèles.

Nous nous assoyons ensuite dans un coin de la salle en compagnie de nos guides. Après une courte présentation sur les fondements de l'islam, où nous apprendrons que les musulmans ont des anges, un paradis et un enfer et que Jésus est parmi leurs prophètes, une période de questions. Comment priez-vous ? Au lieu de l'expliquer de long en large, on nous fait une démonstration. Qu'est-ce qu'une boucherie halal ? Qu'est-ce que la charia ? Où mettez-vous les morts ? Comment se passent les funérailles ? Pourquoi certains musulmans portent-ils un petit bonnet tricoté ?

La douzaine de curieux que nous sommes oseront toutes les questions pendant une bonne heure. En compagnie d'Omar et d'Ali, le bibliothécaire de la mosquée, le jeune couple répondra patiemment à toutes les interrogations, des plus saugrenues aux plus délicates. Et en deux petites heures, on aura appris plus de choses sur les musulmans qu'en suivant le téléjournal pendant des mois.

***

Incursion dans les lieux de culte est une activité offerte par l'entreprise Kaléidoscope. Les visites ont lieu les samedis et dimanches et les temples visités varient chaque semaine. Demain, ce sera un pieu de mormons; la prochaine visite d'une mosquée aura lieu le 27 mai. Le lendemain, pour la première fois, on offrira une conférence-rencontre avec l'Opus Dei, un regard au delà des mythes et fictions du roman Da Vinci Code. Frais de participation : 10 $. Renseignements et réservations : 514 990-1872, www.tourskaleidoscope.com.

Collaboratrice du Devoir

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