«Vous êtes très belles, mesdames»

9 Juillet 2006 , Rédigé par Stéphan Lajeunesse Publié dans #Le voile et la femme musulmane

Katia Bussière
Le Journal de Québec
03/07/2006

«Vous êtes très belles, mesdames», nous a lancé une cliente d'un restaurant de la basse-ville de Québec, en nous voyant, Ilham et moi, avec nos vêtements islamiques. À vrai dire, je m'attendais à une injure, pas à un compliment...

Ilham Kissani, une musulmane de 28 ans, avait accepté de m'accompagner à plusieurs endroits dans la ville Québec, le temps d'un avant-midi, pour mesurer l'ouverture d'esprit et la tolérance des citoyens à l'égard des musulmanes portant le voile.

Rendez-vous chez Ilham, dans le secteur Sainte-Foy, pour essayer ma nouvelle tenue vestimentaire. Elle m'a gentiment prêté un voile, une camisole et une longue chemise qui cache obligatoirement les formes féminines.

Ma première question, à la fois spontanée et maladroite, fût: «Vous devez avoir chaud avec ce voile et cette chemise?». Ilham de répondre: «Le tissu est ample et léger, adapté aux chaleurs.»

Le voile que j'ai porté est aussi précieux que l'or: Ilham l'a mis pour son pèlerinage à la Mecque, en Arabie Saoudite, l'an dernier, et ne l'a jamais lavé.

Un peu gênée

Première destination: le magasin Future Shop de Place Laurier. Ilham y avait à faire: elle veut s'acheter un appareil photo. Avouons-le, j'étais quelque peu gênée d'entrer dans le centre commercial. Les gens penseraient quoi?

Durant les premiers instants, c'est moi qui épiais les hommes et les femmes pour voir s'ils nous observaient. Je n'avais pas tort. Nous étions différentes des autres, d'où les regards tournés vers nous, tant au centre commercial, à l'Université Laval, à l'épicerie, au dépanneur, au restaurant, que dans l'autobus.

Dans ma tête de catholique vivant à Québec, où le multiculturalisme n'est pas aussi présent qu'à Montréal, j'étais convaincue de recevoir des commentaires désobligeants, voire des injures. Rien de tout ça.

Beaucoup de questions

Attablées dans un café, j'ai posé mille et une questions à Ilham. Je voulais savoir. Je voulais comprendre. Curiosité journalistique et personnelle. «On t'a déjà courtisée? Prendre un bon verre de vin, ça ne te manque pas? As-tu gardé ta virginité jusqu'à ton mariage? Ton mari te respecte-t-il? Que t'arrivera-t-il si tu commets un péché? Y a-t-il une mode dans les vêtements islamiques?». Avec une générosité remarquable, Ilham a répondu à tout.

Le lendemain après-midi, toujours avec les vêtements d'Ilham, je me suis promenée seule sur la Grande Allée et sur la rue Saint-Jean. Tout s'est bien déroulé. Je fus même surprise de voir une femme entièrement voilée marcher avec son mari. Ils étaient assurément des touristes, car selon Ilham, aucune femme musulmane de Québec ne se couvre le visage.

Soyons honnêtes, j'ai porté le voile à deux reprises seulement, ce qui ne correspond pas la réalité quotidienne des musulmanes. Mais l'expérience en valait le coup et j'ai beaucoup appris sur l'islam.


Les cinq piliers de l'islam

Tout bon musulman se doit d'observer les cinq piliers de l'islam.

1) Reconnaître Dieu et ses prophètes. Il faut donc témoigner «qu'il n'y a d'autre dieu que Dieu (»Allah«en arabe) et que Mahomet est le messager de Dieu».

2) Faire cinq prières par jour, dont la première avant le lever du soleil. Le musulman se prosterne en récitant le coran (livre sacré des musulmans) et en faisant des invocations.

3) Observer le ramadan, un jeûne qui a lieu durant le neuvième mois du calendrier lunaire islamique. Du lever au coucher du soleil, chaque jour pendant 30 jours, les musulmans s'abstiennent de manger, de boire, de fumer et d'avoir des relations sexuelles.

4) Donner l'aumône tous les ans aux pauvres de la communauté. L'aumône correspond à 2,5 % de l'épargne cumulée durant l'année.

5) Effectuer un pèlerinage à la Mecque, en Arabie Saoudite. Si le musulman n'a pas les moyens financiers ou la capacité physique, il n'est pas obligé de le faire. 

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