Fatima cherche un emploi ... La vie voilée

27 Septembre 2006 , Rédigé par Stéphan Lajeunesse Publié dans #Vivre ensemble - Islamophobie

Voici quelques autres articles récents trouvés sur www.cyberpresse.ca



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Le lundi 25 septembre 2006
Fatima cherche un emploi
Laura-Julie Perreault
La Presse

Sur le marché du travail, les préjugés font la vie dure aux musulmanes qui cherchent un emploi.


Pour un immigrant adulte, l'intégration passe avant tout par le boulot. Au travail, le nouvel arrivant entre en contact avec sa société d'accueil, en apprend les règles, remplit son premier devoir de citoyen en payant des impôts. Mais encore faut-il être capable de trouver un emploi, un défi particulièrement ardu pour les musulmans.

Elles possèdent plus de diplômes que la moyenne des Québécois. Elles ont de l'expérience de travail acquise à l'étranger. La grande majorité d'entre elles parlent français et savent l'écrire. Malgré toutes ces étoiles dans leur bulletin, les musulmanes font face à un énorme taux de chômage au Québec.

Les dernières données de Statistique Canada sur le sujet datent de 2001. Elles montrent que les musulmanes affichaient alors un taux de chômage de 23,7%, et que les hommes musulmans ne se portaient pas beaucoup mieux dans ce domaine. Un taux trois fois plus élevé que la moyenne québécoise, qui surpasse même le taux de chômage chez les Noirs. Est-ce beaucoup mieux cinq ans plus tard? Pas nécessairement, à cause du ressac consécutif aux attentats du 11 septembre


Comment expliquer ce triste record? Chercheur à l'Université du Québec à Montréal, Frédéric Castel croit que la discrimination à l'endroit des musulmans y est peut-être pour quelque chose, mais elle est loin d'être le seul facteur qui pèse dans la balance.

La grande majorité des musulmans, rappelle M. Castel, sont arrivés au Québec récemment, surtout depuis 1990. Beaucoup d'entre eux se voient ralentis dans la recherche d'un emploi parce que leur expérience de travail et leurs diplômes, acquis à l'étranger, ne sont pas reconnus. Il note aussi que dans la communauté musulmane, on trouve une proportion importante de réfugiés, issus des milieux ruraux de l'Asie, mal outillés pour le marché du travail.

Il reconnaît cependant que les préjugés font aussi la vie dure aux musulmans, et spécialement aux musulmanes, qui cherchent un emploi. «Les musulmanes sont en butte à des stéréotypes qui ont la vie dure: on semble les prendre trop facilement pour des fondamentalistes, vivant à l'ombre du mari - ainsi doublement aliénées - et mal adaptées au monde moderne», croit-il.


Ségrégation


Responsable du programme d'employabilité à Alternatives, Khadija Mounib se heurte à ces stéréotypes tous les jours. Son travail consiste à aider des immigrants au chômage - la plupart originaires du Maghreb - à se trouver un travail. Elle offre aux employeurs des subventions en échange d'une embauche. Travail facile? «Presque impossible», rétorque Mme Mounib.

«En 2003-2004, j'ai reçu un budget pour placer des immigrants. Ils avaient tous des diplômes universitaires. Sur un bassin de 60 personnes, je devais en placer 20. Je n'ai jamais réussi. Dès qu'ils voient Mohammed ou Fatima en haut d'un curriculum vitae, les employeurs ne rappellent pas, dénonce-t-elle. Si je veux remplir mes quotas, je dois me trouver des clients latino-américains ou roumains.»

Même s'il n'existe encore aucune statistique pour le prouver, Khadija Mounib est convaincue que le taux de chômage au sein de la communauté musulmane québécoise a augmenté depuis les attentats du 11 septembre 2001 et la publication des derniers résultats de Statistique Canada. «Au lendemain du 11 septembre, il y a un employeur pour qui je sélectionnais souvent des CV qui m'a appelée. Il m'a dit sans aucune retenue: «Ne m'envoyez plus de musulmans.» J'étais vraiment vexée», se rappelle celle qui est elle-même musulmane pratiquante.

Les employeurs, ajoute-t-elle, ont souvent peur des demandes que des employés musulmans peuvent leur adresser. «Beaucoup ne veulent pas de femmes voilées parce que ça donne une mauvaise image à leur entreprise. D'autres ont peur que les employés musulmans demandent une salle de prière ou des congés pendant le ramadan», note-t-elle. Résultat: ils rejettent à la source tous les dossiers de personnes issues de pays musulmans, pratiquants ou non.

«Quel gâchis! Les immigrants des pays musulmans viennent ici pour travailler. Ils veulent participer à la vie québécoise, à la société. Tant qu'on les prive d'un emploi, on ralentit leur intégration et le développement du Québec», soupire-t-elle.

Frédéric Castel est du même avis. «La situation est aberrante. Le chômage et la déqualification professionnelle qu'il engendre n'ont aucun sens et sont lourds de conséquences sociales. La situation demande des actions décisives et urgentes», note-t-il

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Le samedi 23 septembre 2006
Maxi Saint-Laurent : une succursale des Nations unies
Laura-Julie Perreault
La Presse

Lamia Aib, musulmane de 22 ans, travaille au rayon des cosmétiques dans un supermarché de l'arrondissement de Saint-Laurent. Un magasin où les employées voilées sont les bienvenues pour travailler.


Quand Stéphane Bélair a pris les rênes du Maxi de Saint-Laurent après avoir travaillé à Fabreville, il se doutait bien que son nouvel emploi serait rempli de défis. Nouveau magasin, nouvelle clientèle. Mais il était loin de penser qu'il deviendrait le gérant d'une représentation des Nations unies.

Le magasin dans lequel il a atterri, boulevard Marcel-Laurin, a une réputation particulière dans la communauté musulmane montréalaise. Par le bouche à oreille et par l'entremise de sites Web, le mot se passe: les femmes voilées y sont les bienvenues!

Elles sont nombreuses à poser leur candidature pour travailler dans le magasin grande surface, qui vend autant de l'électronique que des vêtements. En tout, les femmes voilées représentent aujourd'hui 15%des effectifs.

Et la diversité ne s'arrête pas là. Les employés de ce magasin proviennent de 60 pays, de la Russie au Maroc en passant par le Mexique. Et ils pratiquent toutes les grandes religions du monde.

«La diversité nous unit. Je ne me suis jamais sentie à l'écart», dit Lamia Aib, une jeune femme voilée de 22 ans qui travaille au rayon des cosmétiques.

Stéphane Bélair raconte que la gestion de cette diversité ne demande en général que des ajustements mineurs. Les employés doivent porter un uniforme. Il permet aux femmes voilées de porter un gilet à manches longues plutôt que courtes. À l'heure de la prière, les employés musulmans pratiquants trouvent un peu de calme dans les vestiaires de l'établissement.

«Et maintenant, je vais vivre mon premier ramadan. Je découvre beaucoup de choses», note le nouveau gérant.

Selon lui, le magasin de Saint-Laurent ne pourrait avoir un autre visage. Sa clientèle est elle aussi multiculturelle et fortement musulmane. «Je reçois d'excellents commentaires de ma clientèle musulmane. Je sens beaucoup de respect mutuel», dit-il.

Mais tous les employeurs de Saint-Laurent ne prennent pas exemple sur lui. Le jour de la visite de La Presse, il a été choqué d'apprendre qu'une de ses employées qui avait fait une demande d'emploi dans une pharmacie du même arrondissement s'était fait demander d'enlever son voile.


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Le samedi 23 septembre 2006
À l'école de la faim
Katia Gagnon
La Presse

Québécoise convertie à l'islam depuis 30 ans, Micheline St-Jacques enseigne à la maternelle dans une école de l'arrondissement Saint-Laurent.


L'incident est survenu il y a bien des années, mais Louise Chénard s'en souvient encore très bien. Dans sa classe de première année de l'école Laurentide, dans Saint-Laurent, un petit garçon de 6 ans était soumis à la dure loi du ramadan. La consigne était stricte: rien à manger de toute la journée. Le midi, l'enfant, assis aux mêmes tables que ses camarades, les regardait avidement dévorer leur lunch.

«Quand j'ai osé aborder le sujet avec les parents, on m'a dit: «mais qu'est-ce que tu connais là-dedans»? J'ai répondu que j'en savais assez pour dire que c'était déraisonnable», lance Louise Chénard, devenue, depuis, directrice de l'école secondaire Saint-Laurent.

Chaque année, des centaines d'élèves musulmans du secondaire, et parfois, mais beaucoup plus rarement, du primaire, s'astreignent au jeûne complet durant les 40 jours du ramadan qui, cette année, débute ce week-end. Ce jeûne est l'une des cinq obligations prescrites par l'islam à ses fidèles qui, généralement, s'y soumettent à partir de la puberté. Évidemment, ces jeunes doivent continuer d'aller à l'école. Ils déjeunent donc le matin avant le lever du soleil, et doivent éviter toute nourriture jusqu'à ce que le soleil se couche.

Lise Coupal, une enseignante en milieu multiethnique qui a été la star du film La classe de Madame Lise, a elle aussi vécu un «cas de ramadan» particulièrement difficile. «Ça me faisait mal au coeur de voir ça. Les parents se sont finalement rendu compte que ça n'avait pas de bon sens. L'enfant était très faible.»

Car évidemment, sans nourriture, un enfant ou un adolescent manque de concentration. Des demandes ont donc été faites dans plusieurs écoles pour adapter le cursus scolaire en fonction du ramadan. Comment y répondre?

À l'école Georges-Vanier, ni l'horaire de l'école, ni celui des examens, n'est modifié. «La vie continue. S'il y a un examen durant le ramadan, il y a un examen», explique Marc Prescott, le directeur. Cependant, on observe une tolérance pour la fête qui consacre la fin du jeûne.

À l'Académie Lauren Hill, une école secondaire anglophone, la direction fait de «très grands efforts» pour ne pas prévoir d'examens durant la période du ramadan.

«Même chose s'il y a une fête juive, nous demandons à nos profs de ne pas placer d'examens.» L'école accepte également que des jeunes, rendus trop faibles, regagnent leur domicile plus tôt.

Mais la plupart du temps, la période du ramadan se vit assez bien dans les écoles. «À la limite, ça devient presque populaire, le ramadan. Certains jeunes ne sont même pas musulmans et ils le font pour suivre leurs amis», précise Marc Prescott.
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Le samedi 23 septembre 2006
La vie voilée
Katia Gagnon
La Presse


La jeune femme que vous voyez sur cette page s'appelle Shama Naz. Elle est née en Arabie Saoudite et a immigré à Montréal, avec ses parents, il y a presque 10 ans. En tout temps, en public, elle porte le niqab, un voile de couleur sombre qui ne laisse voir que ses superbes yeux.

Femme de carrière articulée, anglais impeccable, vernis à ongles, maquillage étudié, parfum délicat: si ce n'était de ce voile couvrant, Shama Naz ressemblerait à n'importe quelle Montréalaise de 30 ans.

À son arrivée à Montréal, elle a étudié, couverte de son niqab, à l'Université Concordia. Même sur sa carte d'identité d'étudiante, on ne voyait que ses yeux. À la fin de ses études en économie, la jeune femme s'est cherché un emploi. «J'entrais, je voyais les visages, et, immédiatement, je savais que je n'aurais pas le poste.»

Mais, un jour, une entreprise de planification financière, dirigée par trois patrons francophones, accepte de l'embaucher. Elle travaille au téléphone avec les clients. Elle est rapidement promue et est aujourd'hui cadre dans cette même entreprise. Désormais, c'est elle qui embauche.

Lorsqu'elle doit consulter un médecin, se dévoiler ou se dévêtir, Shama demande à voir une femme, quitte à attendre plus longtemps. En situation d'urgence, elle accepterait cependant d'être vue par un médecin de sexe masculin.

Shama Naz représente probablement l'image extrême du défi posé par l'immigration à la société québécoise. Cependant, des demandes d'accommodements moins spectaculaires se négocient tous les jours dans les institutions publiques et les entreprises privées du Québec. Comment s'adapter à ces nouveaux arrivants, dont la religion et la culture sont à des années-lumière des nôtres? Que faut-il accepter? Que faut-il refuser? Avec une série de reportages, La Presse lance le débat en cette journée du début du ramadan, le mois du jeûne musulman.

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Nabil 11/10/2006 20:04

Salam / bonjour
je veux juste intervenir pour mettre un peu d'ordre dans les idées énoncées dans cette article :
le jeûne est une obligation pour les adultes et pas pour les enfants, à partir de l'âge de puberté, les enfants commencent à faire ce rituel, alors je n'arrive pas à comprendre comment on laisse un enfant de 6 ans ( à la maternelle ) soufrir pendant des heures, et je crois que il y aun grand mal entendu dans cette histoire, je ne pense pas que les parents ( de confession musulmane ) puissent ignorer ce details et faire souffrir leur enfant, peut etre ils voulaient juste apprendre à leur enfant c'est quoi le jeûne par des mini -tests ( on fait souvent ça dans les pays musulmans, quand nous étions enfants, et quand on voulaient faire le jeûne comme tous les adultes qui nous entourent, nos parents nous faisaient des ruses ( surtout si on insistaient pour jeûner ) du genre : tu va faire le jeûne la matinée et à midi tu va prendre ton déjeuner, et apres quelques jours, on nous dit maintenant tu va faire la deuxieme moitié du jour ( l'apres midi ) pour avoir une journée complete de jeûne, c'était aussi génial comme idée et la plupart de nous l'acceptions avec un grand plaisir en demandant à nos meres des le lendemain  est  ce qu'elles ont fait coller les 2 morceaux : la matinée de tel jour avec l'apres midi de l'autre jour !!! c'etait naif comme comportement mais c'etait tres efficace, et je crois que les parents ont réagi de la sorte avec leur enfant, il lui pratiquait un jeûne de quelques heures ( max 4 à 5 heures ) et si leur réaction était violente avec la maitresse, c'est peut etre que elle n'a pas assimilé la ruse utilisée, et surtout que les parents ont découvert que elle avait peu de connaissances sur le ramadan puisque c'est 1 mois et pas 40 jours !