Des maisons accessibles avec un prêt sans intérêts !

18 Novembre 2006 , Rédigé par Stéphan Lajeunesse Publié dans #Finance et Banques "islamiques"

Martine Letarte
Édition du samedi 18 et du dimanche 19 novembre 2006

Des revenus générés par la vente à prix réduits de matériaux divers

Le concept de l'organisme caritatif Habitat pour l'humanité est simple: bâtir des maisons en partenariat avec des familles choisies, leur vendre ces maisons sans profit et leur accorder un prêt hypothécaire sans intérêts. Une chance inespérée pour une famille montréalaise à faible revenu alors que le fait de trouver un 5 1/2 ou un 6 1/2 abordable sur l'île avec un propriétaire qui accepte les enfants relève de l'exploit. Encore à ses balbutiements dans la province, l'organisme a récemment dévoilé un projet de construction dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, en plus de procéder à l'ouverture officielle du premier Centre de rénovation ReStore au Québec, dans l'arrondissement LaSalle.
Présent dans 50 États américains et 99 pays, Habitat pour l'humanité a déjà permis à plus de 150 000 familles désargentées de devenir propriétaires. Toutefois, la division montréalaise de l'organisme, créée en 1998, traîne encore de la patte avec seulement trois maisons construites. «Avec le boum dans le domaine de l'immobilier, le prix des terrains a monté en flèche et l'acquisition a été pratiquement impossible pour nous au cours des dernières années», explique la directrice des communications chez Habitat pour l'humanité Montréal, Louise Legault

Toutefois, il y a beaucoup d'effervescence à l'heure actuelle au sein de l'organisme caritatif chrétien né aux États-Unis, il y a plus de 30 ans. «Nous avons acquis un terrain dans Hochelaga-Maisonneuve et nous avons fait une offre pour le terrain adjacent. Si tout fonctionne comme prévu, nous devrions y construire trois ou quatre maisons», poursuit Mme Legault.

Comment ça fonctionne

Acheter des terrains à bas prix demeure l'un des principaux défis d'Habitat pour l'humanité, un organisme qui a gagné beaucoup de notoriété à travers le monde grâce au dévouement de l'ancien président américain et prix Nobel de la paix, Jimmy Carter. L'organisme fait appel à tous les ordres de gouvernement pour y arriver et compte sur la générosité de donateurs individuels et de promoteurs immobiliers. La construction de maisons est possible grâce au travail des bénévoles ainsi qu'aux dons en argent et en matériaux déductibles d'impôt.

Les maisons construites sont unifamiliales ou semi-détachées, mais un comité consultatif évalue les possibilités de conception plus appropriée au milieu urbain. «Il se pourrait que l'on construise un jour des copropriétés si c'est plus approprié à la dynamique locale, mais le problème, c'est que ça demande toute une gestion, donc beaucoup d'autres choses à apprendre pour les nouveaux propriétaires», soutient Mme Legault.

Le prix de vente de la maison se détermine en additionnant les coûts de construction de la maison aux coûts d'acquisition et de développement du terrain. En ce moment, une famille peut acheter une maison Habitat de trois chambres à coucher à partir d'environ 80 000 $. Ces maisons sont abordables aux familles à faible revenu, car l'achat n'exige pas d'acompte, il n'y a pas d'intérêts qui s'accumulent et les versements à payer sont calculés en fonction des revenus de la famille (environ 25 %). Si la situation financière de la famille change, le versement sera ajusté puisque l'organisme révise tous les ans les revenus des propriétaires. Si une famille ne fait pas ses paiements, Habitat pour l'humanité essaie de lui donner un coup de main en lui donnant des conseils financiers pour éviter d'en arriver à la forclusion. Les paiements hypothécaires sont versés dans un fonds qui sert à financer d'autres maisons Habitat.

Pour se protéger des gens qui voudraient revendre leur maison avec profit, l'organisme a mis sur pied un système d'hypothèque de deuxième rang. La première hypothèque reflète le coût réel de la maison, inférieur à sa valeur marchande, et celle de deuxième rang représente la différence entre le coût réel et la valeur marchande. Si la famille vend sa maison au cours des 12 premières années du prêt hypothécaire, le remboursement de l'hypothèque de deuxième rang devient immédiatement exigible.

À qui vont les maisons

Évidemment, ne devient pas qui veut propriétaire d'une maison Habitat. Si l'organisme a sa politique de non-discrimination, les critères de sélection sont nombreux. «Nous regardons évidemment la capacité de payer des familles. Les candidats doivent avoir des revenus d'emploi, donc pas de prestations d'aide sociale. Nous regardons aussi le besoin de logement à prix abordable de la famille et à quel point elle est prête à travailler avec nous. Nous demandons 500 heures de bénévolat. Ce n'est pas rien! Nous cherchons des gens motivés», affirme Mme Legault.

Le critère géographique est aussi pris en compte lors du processus de sélection. «Les années d'expérience de l'organisme ont démontré que lorsqu'on choisit une famille qui habite déjà dans le quartier où la maison est construite, l'adaptation est beaucoup plus facile. C'est mieux, car nous ne brisons pas le réseau de la famille», explique Mme Legault. En ce moment, le processus de sélection des familles pour le projet d'Hochelaga-Maisonneuve est en cours et le choix se fera prochainement puisque la première maison devrait être en construction au printemps.

Centre de rénovation ReStore

Signe qu'Habitat pour l'humanité souhaite s'implanter solidement dans la province et multiplier ses bonnes actions, il vient tout juste de faire l'inauguration officielle de son 50e Centre de rénovation ReStore au Canada, le premier au Québec. Tout comme ses semblables partout dans le pays, le magasin, situé à LaSalle, comptera sur les dons des distributeurs, détaillants, fabricants et entreprises de construction dont Home Depot Canada, Genworth Financial Canada et MCAP, commanditaires fondateurs des centres ReStore. Les matériaux, tous neufs ici comparativement aux centres du reste du Canada, sont revendus au public pour la moitié du prix demandé dans les grandes chaînes.

«En 2005, les recettes canadiennes des Centres de rénovation ReStore ont été de 14 millions de dollars et nous avons pu, une fois toutes les dépenses payées, donner six millions pour construire des maisons. En ce moment, le centre de LaSalle est plus petit que ceux du reste du Canada, mais nous souhaitons un jour être en mesure de l'agrandir, et même d'en construire un dans l'est de Montréal. Mais nous allons commencer par nous assurer que celui de LaSalle est bien rodé avant d'en ouvrir un deuxième», conclut Mme Legault.

Collaboratrice du Devoir

(Source:
www.ledevoir.com)




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