Ceux qui ne côtoient pas les minorités ethniques sont moins tolérants

21 Mars 2007 Publié dans #Vivre ensemble - Islamophobie

 
Le mercredi 21 mars 2007
Laura-Julie Perreault
La Presse

Les Québécois qui ne baignent pas dans le multiculturalisme sont moins tolérants à l'endroit des communautés culturelles.

C'est du moins ce qui ressort d'un nouveau sondage réalisé par la firme Environics pour le compte de l'Association des études canadiennes et auquel ont répondu 2045 Canadiens en décembre dernier.

À titre d'exemple, l'étude démontre que les Canadiens qui ont des contacts très réguliers ou réguliers avec des membres de la communauté juive ont davantage une opinion favorable ou très favorable de cette même communauté.

Chez les francophones notamment, 79,5 % des gens qui côtoient souvent des personnes de religion juive ont répondu qu'ils ont une opinion favorable de ces derniers alors que seulement 52,8 % des francophones qui ne les côtoient jamais ont une perception positive.

«Ces nouvelles données prouvent ce que beaucoup de spécialistes avançaient sans pouvoir le prouver statistiquement. Plus il y a de contacts, plus on démystifie l'autre. Moins il y en a, plus on craint l'autre. Hérouxville n'est pas une aberration», note le directeur exécutif de l'Association des études canadiennes, Jack Jedwab, en faisant référence au village de Mauricie qui a adopté un code de conduite fort controversé destiné à d'éventuels immigrants. «Nos résultats démontrent aussi qu'il faut multiplier les contacts, surtout dans les endroits où il n'y a pas de diversité ou peu d'immigration.»

Selon M. Jedwab, les résultats du sondage devraient susciter la réflexion aujourd'hui. Premier jour du printemps, le 21 mars est décrété Journée mondiale de la lutte contre le racisme par l'Organisation des Nations unies.

L'étude démontre aussi que le contact entre les différents groupes ethniques est beaucoup plus commun dans les trois grands centres urbains canadiens (Vancouver, Toronto et Montréal), que dans les autres villes et régions. Si 44 % des Québécois disent ne jamais être en contact avec des musulmans ; à Montréal, ils ne sont que 23 % à affirmer la même chose. À Toronto, pôle principal d'accueil des immigrants, seulement 13 % des répondants n'ont jamais été en contact avec des membres de la communauté islamique.



Laïcité ou intolérance

L'étude de l'Association des études canadiennes jette aussi une lumière neuve sur le débat entourant le port du voile islamique.

Selon les résultats obtenus, les Canadiens qui souhaitent l'interdiction du hidjab sont aussi ceux en général qui ont une perception négative des communautés juives et arabes. «On voit donc que le rejet du hidjab n'est pas seulement fondé sur le principe de la division de l'Église et de l'État», évalue M. Jedwab.

Par ailleurs, les Canadiens interrogés lors du sondage évaluent que les musulmans constituent le groupe qui subit le plus de discrimination au Canada : 76 % des Canadiens croient que les musulmans subissent parfois ou souvent de la discrimination. 74 % perçoivent du racisme fréquent ou occasionnel à l'endroit des autochtones et 70 % évaluent que les Noirs sont aussi victimes de ce phénomène. De plus, 35 % des Canadiens pensent que la communauté juive subit parfois de la discrimination alors que 17 % croient que les abus antisémites sont fréquents.

La firme Environics a interrogé 2045 Canadiens âgés de plus de 18 ans pour réaliser ce sondage. Les résultats sont fiables à 95 %, avec une marge d'erreur de deux points de pourcentage.

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