«Un pays ennemi»

6 Septembre 2007 Publié dans #Politique

 
Omar Bakri

«Un pays ennemi»


Fabrice de Pierrebourg
Le Journal de Montréal
04/09/2007 06h32 - Mise à jour 04/09/2007 11h45

Le célèbre prédicateur islamiste radical qui avait prévu les attentats de Londres avertit maintenant le Canada qu'il est devenu «l'ennemi des djihadistes» à cause de son action en Afghanistan et qu'il sera tôt ou tard frappé par Al-Qaeda.
 

Le cheikh salafiste Omar Bakri, figure emblématique du «Londonistan» et grand admirateur d'Oussama ben Laden, a reçu le représentant du Journal de Montréal dans sa «bibliothèque scientifique» à Tripoli, au nord du Liban, un secteur sous haute tension en raison des sanglants affrontements qui ont opposé jusqu'au week-end dernier l'armée libanaise et le groupe Fatah al-Islam, que l'on dit lié à Al- Qaeda.

Omar Bakri Muhammad, alias «OBM», se définit comme un prêcheur radical qui a toujours évolué dans le «cadre de la liberté d'expression », mais pas un combattant.

Fidèle à sa réputation sulfureuse, il n'a pas mâché ses mots envers le Canada au cours de cette longue entrevue:

«Celui qui s'aligne avec les États- Unis dans ce qu'ils qualifient de guerre au terrorisme, dit-il, implique son peuple dans un affrontement, dans un djihad avec les groupes salafis et radicaux partout au monde. [...] Le Canada, jusque-là connu comme pacifiste et ami, est désormais perçu par un certain nombre de musulmans et de djihadistes comme un pays ennemi.»

Canadiens naïfs

Prenant pour exemple la «déroute» de l'armée américaine en Irak, il conseille au Canada de quitter l'Afghanistan.

«Vos soldats combattent pour une mauvaise cause», affirme-t-il. Et d'ajouter:

«Est-ce qu'il y a des troupes afghanes au Canada? Est-ce que Al-Qaeda a des troupes au Canada? Pourquoi alors le Canada envoie-t-il des troupes en Afghanistan?»

Le cheikh Bakri considère aussi que les Canadiens qui ignorent les menaces proférées depuis 2002 par Oussama ben Laden à l'encontre du Canada sont des naïfs:

«Les Espagnols répétaient les mêmes propos avant d'être frappés. Je vous mets en garde. Je prends sérieusement en considération les menaces d'Al-Qaeda [qui] a une réputation dans la campagne contre les croisades mondiales. Elle travaille sur du long terme. C'est un ennemi qui te voit mais que tu ne vois pas.»

D'une façon générale, OBM considère que la promulgation de lois antiterroristes, l'arrestation de musulmans ou l'engagement aux côtés des États-Unis équivaut à une «rupture du pacte de sécurité» tacite.

Un autre 11 septembre

Pour éviter que «le sang coule», parce qu'un autre 11 septembre est inévitable selon lui, le cheikh Bakri invite l'Occident à «dialoguer» avec Al-Qaeda.

«Ben Laden l'a proposé à plusieurs reprises. Vous avez dialogué avec Nelson Mandela, l'IRA, l'OLP, etc., que vous considériez pourtant comme des terroristes.»

Que peut-on négocier avec Al-Qaeda?

«Retirez vos troupes des terres musulmanes, Irak et Afghanistan, et retirez vos bases d'Arabie saoudite.»

Il n'en revient pas non plus que Stephen Harper ait affirmé en juillet 2006, lors de la guerre du Liban, qu'«Israël a le droit de se défendre».

«Que l'occupant a le droit de soutenir son occupation, mais que l'occupé n'a pas le droit de se défendre. Quelle est votre logique?»

Avant de conclure l'entrevue, Omar Bacri insiste une dernière fois: "Reconsidérez votre coopération avec les États-Unis. Il n'est jamais trop tard pour empêcher que le sang coule.

http://www.canoe.com/infos/international/archives/2007/09/20070904-063201.html

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