L'intégration... pire au Québec

9 Avril 2010 , Rédigé par La jeunesse de l'Islam au Québec

Immigrants qualifiés cherchent emploi

Champion pour attirer une main-d'oeuvre compétente, le Québec parvient difficilement à les intégrer au marché du travail

ledevoir.com
Lisa-Marie Gervais

8 Avril 2010
Le Québec est champion pour attirer une main-d'oeuvre immigrante qualifiée, mais devient grand perdant lorsqu'il s'agit de les intégrer au marché du travail. C'est ce que permet de conclure une étude publiée par le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), qui a compilé des données statistiques notamment sur le taux d'emploi, la langue parlée des immigrants, leur âge et leur pays d'origine pour les comparer avec celles des Canadiens nés au Canada dans trois provinces à haut taux d'immigration comme le Québec, la Colombie-Britannique et l'Ontario.

En 2006, le taux d'emploi des immigrants au Québec était inférieur par 11,4 points à celui des Québécois natifs, soit un écart deux fois plus grand que celui observé dans les deux autres provinces, soit l'Ontario (5 points) et la Colombie-Britannique (5,1). Et ce, même si la part d'immigration totale est beaucoup plus grande dans ces deux provinces qu'au Québec.

Les auteurs de l'étude Immigration au Québec: politiques et intégration au marché du travail, s'attendaient à ce que le Québec présente effectivement un plus grand écart du taux d'emploi entre les immigrants et les Québécois nés dans la province que ses deux rivales. Ils ont aussi observé que les Québécois natifs de la province ont un taux d'emploi élevé (82,6 %) qui est très semblable à celui des Ontariens et des Britannico-Colombiens. «Alors, on pourrait d'abord penser que cette grande différence du taux d'emploi [entre les immigrants et les non-immigrants] au Québec est attribuable à une moins bonne performance d'intégration des immigrants sur le marché du travail», a analysé Maude Boulet, doctorante en relations industrielles à l'Université de Montréal et coauteure de l'étude avec son directeur, Brahim Boudarbat.

Pourtant, les immigrants du Québec sont parmi les plus qualifiés et leur niveau de scolarisation a même crû de façon phénoménale en 25 ans, constatent les chercheurs dans leur étude. La proportion des immigrants récents du Québec (âgés de 25 ans et plus) qui détiennent au moins un baccalauréat est passée de 15,4 % en 1981 à 51 % en 2006.

Et non seulement les nouveaux arrivants du Québec sont-ils les moins nombreux à ne pas connaître les deux langues officielles du pays, mais ils sont également très nombreux à maîtriser le français, soit 60,4 % des immigrants admis au Québec en 2008. Enfin, les immigrants du Québec font aussi de plus en plus partie de la tranche la plus active sur le marché du travail.

Tetchena Bellange a constaté ce paradoxe en réalisant son court-métrage documentaire Médecins sans résidence, sur les difficultés qu'éprouvent les médecins diplômés à l'étranger à se trouver un emploi au Québec. «J'ai rencontré beaucoup de gens déçus. Ils parlent parfaitement français et viennent en attendant un an, deux ans, trois ans et n'arrivent pas à travailler», a dit la jeune femme, dont le film est disponible depuis hier sur le site de l'ONF. «J'avais en tête le cliché du médecin devenu chauffeur de taxi, mais j'ai vu qu'il y avait des médecins dont on reconnaissait les équivalences, mais pour qui ça bloquait encore.»

L'intégration... pire au Québec

Selon l'étude, une bonne intégration des immigrants sur le marché du travail dépend beaucoup de leur région d'origine, du lieu d'obtention de leur diplôme et de leur âge à l'arrivée au Canada. Ainsi, les chercheurs ont remarqué que ce sont les immigrants originaires de l'Afrique du Nord (Maghreb) et du Moyen-Orient qui ont le plus de mal à intégrer le marché du travail au Québec. Dans les deux autres provinces de l'étude, qui s'en tirent mieux sur le plan de l'intégration, les immigrants viennent majoritairement d'Asie. «Effectivement, au Québec [...] on remarque que ce sont les immigrants venant de l'Afrique du Nord qui s'intègrent le moins bien au marché du travail, avec un taux de chômage de 19 %», a dit Mme Boulet en marchant sur des oeufs. «Mais cela ne veut pas du tout dire qu'il ne faut pas accepter d'immigrants d'Afrique du Nord ou dire que c'est leur faute. Mais on peut avancer le fait que ces immigrants subissent plus de discrimination à l'emploi», a-t-elle précisé.

L'étude révèle également que c'est au Québec que le lieu d'obtention du diplôme pénalise le plus les immigrants. Ceux qui avaient acquis un diplôme à l'étranger accusaient un recul de 18,9 points de pourcentage de leur taux d'emploi par rapport aux natifs, comparativement à 8,6 points en Ontario et 10,2 points en Colombie-Britannique. Et même s'ils obtiennent un diplôme canadien, les immigrants du Québec sont encore les plus désavantagés sur le marché de l'emploi par rapport aux Québécois natifs.

Mme Boulet fait remarquer que l'étude a des limites économétriques, car elle n'a pas tenu compte du taux de scolarisation des immigrants dans chaque province, par exemple. Elle doute toutefois que cette variable ait une influence sur le faible taux d'emploi des immigrants au Québec puisque leur taux de scolarité est plutôt élevé.

Par ailleurs, la doctorante souligne la pertinence d'avoir comparé les trois provinces. «Le Québec est la seule province qui ait une grille de sélection d'immigrants, avec ses propres critères, différents de ceux du fédéral que suivent les autres provinces canadiennes», a fait remarquer Mme Boulet. C'est signe que la grille fonctionne et que le gouvernement a un réel pouvoir puisqu'il réussit à attirer des immigrants selon ses critères. À lui de voir comment il peut mener à bien leur intégration, suggère-t-elle.

 
 
 
 

 

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