Les prisons du Canada, des écoles du crime et... du terrorisme?

28 Octobre 2014 , Rédigé par La jeunesse de l'Islam au Québec Publié dans #L'Islam condamne le terrorisme

Annie Mathieu
Le Soleil

(Québec) Depuis 2001, Service correctionnel Canada (SCC) multiplie ses efforts et ses interventions pour éviter que ses détenus de confession musulmane, en quittant les murs de la prison, soient radicalisés dans leur vision de l'islam plutôt que réhabilités de leurs crimes.

Le comportement des prisonniers, leurs communications verbales et écrites ainsi que leurs objets personnels sont désormais scrutés à la loupe par les agents correctionnels qui sont à la recherche du moindre signe leur permettant de croire qu'ils ont adopté une croyance extrémiste prônant la violence.

C'est ce qu'a expliqué jeudi Paul Harvey, du SCC, devant une vingtaine de participants à un atelier donné au Château Frontenac à Québec lors du congrès de la Société de criminologie du Québec et de l'Association canadienne de justice pénale.

En vertu de la Loi antiterrorisme adoptée en 2001 au Canada, les autorités fédérales ont la garde de sept individus, dont des membres des «18 de Toronto», qui avaient comploté en 2006 pour faire sauter la Bourse de Toronto et l'édifice torontois du Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS). Ils voulaient également la tête de Stephen Harper et comptaient s'en prendre à l'armée. Or, parmi les sept «terroristes» canadiens, cinq se trouveraient dans des établissements québécois.

 

Selon M. Harvey, qui administre le programme de renseignements pour les 13 unités opérationnelles du SCC au Québec, le nombre de délinquants incarcérés qui se sont convertis à l'islam a doublé dans l'ensemble du Canada depuis 2001, passant d'environ 600 à 1100 en 2011. Mais attention, il ne faut pas faire de raccourci et croire que cela signifie qu'il y a une augmentation du nombre d'islamistes radicaux dans les prisons du pays, a mis en garde Paul Harvey.

Attention au profilage

«Ce n'est pas parce qu'on voit un gars avec une barbe longue que c'est un extrémiste, ça veut juste dire qu'il pratique la religion musulmane», a illustré l'expert, ajoutant qu'il n'est pas question non plus d'exercer du profilage religieux.

Même que nombre de ces nouveaux convertis le font pour avoir des privilèges consentis aux musulmans, comme l'accès à des salles de prières et à des repas différents. Par exemple, une source nous explique que les adhérents à l'islam ont droit à des noix et des fruits, des aliments qui sont facilement monnayables en prison contre de l'alcool frelaté. Le SCC se targue également de ne pas avoir engendré de nouveaux terroristes islamiques.

«On n'a pas eu de détenu qui, pendant son incarcération, a changé ses croyances et que cela s'est soldé par un acte ou par la volonté de commettre un acte», a soutenu M. Harvey.

Toutefois, d'autres sources nous révèlent qu'une dizaine de prisonniers incarcérés dans des prisons fédérales sont devenus des islamistes radicaux.

Prévenir plutôt que guérir

Lors de son atelier, M. Harvey a donné des exemples d'indices qui pouvaient laisser croire qu'un détenu tendait vers une version radicalisée de l'islam et qui avait demandé une intervention des agents. Il a notamment montré dans sa présentation des objets saisis dans les cellules de prison, comme une affiche où il est écrit «Ben Laden Hero». Le spécialiste a aussi présenté des photos de tatouages qui attirent l'attention des autorités, comme celui arborant les mots «Islamic Army World». Les écrits en arabe ou les chants des prisonniers peuvent également éveiller des soupçons, a soutenu Paul Harvey.

Selon lui, même s'il y a eu plusieurs vérifications, aucune d'entre elles n'a porté ses fruits. «Il y a beaucoup de faux positifs», a-t-il expliqué, tout en répétant que l'accent était mis sur la prévention dans les prisons.

À cet effet, le SCC mise notamment sur des programmes de formation et des outils pour reconnaître des signes de radicalisation et, aussi, la présence d'objets servant à fabriquer des explosifs artisanaux.

«On tente de limiter les contacts entre les leaders charismatiques et les autres», a illustré M. Harvey.

La coordination entre les différentes autorités policières au pays est également privilégiée.

En outre, le choix des imams en prison est fait minutieusement. «On fait du dépistage et des vérifications pour s'assurer que le message qui est passé au sein de nos établissements par nos imams est modéré», a également expliqué Paul Harvey.

Comme ailleurs dans le monde, Service correctionnel Canada a cependant beaucoup de pain sur la planche pour cerner le phénomène de la radicalisation de ses détenus de confession musulmane. La compréhension de la langue et de la religion et la difficulté à reconnaître les signes en font partie. De plus, les autorités surveillent la possibilité de liens entre les terroristes et les groupes criminalisés chez les personnes incarcérées. Selon une source, ceux-ci ont d'ailleurs déjà commencé à se tisser avec certains membres de gangs de rue.

Meilleure formation chez les policiers

Depuis environ un an, une centaine «d'agents coordonnateurs» de différents corps policiers au Québec ont été formés en vertu du programme de coordination d'informations sur la menace terroriste (CIMT) offert par la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Lancé aux États-Unis, ce programme vise à doter les premiers intervenants - par exemple les policiers, les ambulanciers ou même les compagnies qui vendent des fertilisants - d'outils leur permettant de recueillir des informations sur d'éventuelles menaces à la sécurité nationale. Les agents coordonnateurs relayent ensuite les données recueillies à la GRC, qui peut alors ouvrir des enquêtes. La Colombie-Britannique a été la première province à adopter le CIMT. Depuis, nombre de provinces l'ont imitée.





À lire:
 L'Islam condamne le terrorisme



 




 

Partager cet article

Commenter cet article