Parler arabe, un handicap?

9 Décembre 2007 , Rédigé par La jeunesse de l'Islam au Québec Publié dans #Vivre ensemble - Islamophobie

Isabelle Maher
Journal de Montréal,
09/12/2007

Un Québécois d'origine algérienne se serait fait conseiller par une agente de bureau d'un Carrefour jeunesse-emploi de ne pas mentionner en ce moment dans son curriculum vitae qu'il parlait couramment l'arabe. L'incident n'étonne même plus Chafik Cheref, un animateur 3D qui raconte s'être souvent retrouvé en situation de recherche d'emploi depuis son arrivée au Québec, en 1994.

«Le premier conseil que l'on m'a donné, c'est: Change ton nom. C'est un Juif qui m'a dit ça. J'ai failli l'écouter, et puis non! J'ai un beau nom», tranche-t-il.

Le Québécois d'origine algérienne qui se cherche actuellement du travail dans son domaine s'est récemment adressé au Carrefour jeunesseemploi de Rosemont, un organisme qui aide les personnes de 16 à 35 ans à se trouver un emploi ou à effectuer un retour à l'école.

«En regardant mon CV, la dame m'a dit gentiment avec un sourire que ce n'était peut-être pas le bon moment pour écrire dans mon curriculum vitae que je parlais l'arabe», affirme Chafik Cheref, qui ajoute avoir eu affaire ce jour-là à une employée qui remplaçait.

Au Carrefour jeunesse-emploi de Rosemont, on s'étonne qu'une employée ait pu prodiguer un tel conseil.

«C'est une commis de bureau, dans le cadre de ses fonctions, elle n'a pas à conseiller la clientèle. Peutêtre le faisait-elle à titre personnel», suggère Véronique Lefrançois, chef d'équipe.

Difficile à prouver

«On marche sur des oeufs, résume- t-elle. À une dame qui porte le voile et qui ne trouve pas de travail, on va simplement demander si elle avait pensé que son voile pouvait peut-être lui nuire. On suggère,mais on fait très attention», assure-t-elle.

La même prudence semble de mise dans les centres d'emploi que nous avons consultés, même si les difficultés d'embauche de certains immigrants semblent faire consensus.

Certains avancent que les employeurs ne sont pas encore tous prêts à accueillir la diversité. Un avis que partage Isabelle Leblond, directrice du Carrefour jeunesseemploi d'Anjou.

«Je dirais qu'au moins 80% des Haïtiens ne mentionnent pas qu'ils parlent créole, de peur que ça leur nuise», observe-t-elle.

Selon Chafik Cheref, ses origines arabes nuisent carrément à ses chances d'embauche.

«Personne ne vous le dira. On ne peut pas le prouver, c'est invérifiable. Certains me disent que je suis parano. Tant pis ! Ils ont peur de s'avouer ces choses-là», conclut-il.

En 2006, le taux de chômage des immigrants établis au Canada était de 11,9%, soit deux fois plus élevé que le taux de chômage des Canadiens nés ici, indique Statistique Canada.


Trop de chômage

Le niveau de chômage élevé chez les Québécois d'origine arabe est un «secret de famille» bien gardé, dénonce un religiologue.

Des immigrants qui taisent leur origine arabe à un éventuel employeur. D'autres qui vont même jusqu'à modifier leur nom. Ces pratiques n'étonnent pas le professeur en étude des religions de l'UQAM, Frédéric Castel.


Travail

«Chez les musulmans qui vivent au pays, 25 % ont du mal à se trouver du travail, alors que la majorité d'entre eux parlent français et qu'ils sont 2 ou 3 fois plus nombreux que les Canadiens d'origine à détenir un diplôme universitaire», soulève le religiologue, citant une étude de Statistique Canada publiée en 2000.

Selon lui, le problème est attribuable à la non-reconnaissance des diplômes, mais aussi à la crainte des employeurs de devoir accorder des accommodements raisonnables.

«C'est un scandale dont personne ne parle. Un secret de famille bien gardé», conclut-il.

Source : http://www2.canoe.com/infos/quebeccanada/archives/2007/12/20071209-082601.html

 

 

 

Partager cet article

Commenter cet article