Un québécois en Algérie

17 Décembre 2009 , Rédigé par La jeunesse de l'Islam au Québec

Construire 1200 km d'autoroute à dix mille lieues du Québec
Geneviève Proulx



(SHERBROOKE) Pauvre, l'Algérie? Pas vraiment, si l'on tient compte du fait que, présentement, un énorme chantier visant la construction de 1200 kilomètres d'autoroute est en chantier. Que prochainement, un second projet de 1300 kilomètres sera lancé. Que l'on y construit des chemins de fer, des ponts. Ce pays d'Afrique, gracieuseté des puits de pé-trole, a les coffres bien garnis. Et c'est au coeur même de ce bouillonnement de projets que bosse un Sherbrookois, Michel Inkel.

"Je supervise une équipe de 65 Algériens et nous avons comme mandat de voir à la qualité de la construction d'une portion de 124 kilomètres de cette immense autoroute qui reliera, au final, tous les pays du Maghreb, de l'Égypte au Maroc. La portion que je dois superviser, c'est la distance entre Deauville et l'autoroute 30 sur la 10, mais à trois voies de large dans les deux sens. Il y a beaucoup de ponts, des dizaines et des dizaines de ponts, des tunnels. La géologie est vraiment différente de celle que l'on retrouve au Québec. C'est vraiment incroyable!" explique l'ingénieur civil de 38 ans.Mais bien que l'Algérie investisse énormément au niveau de ses infrastructures, reste que le gouvernement oublie peut-être un peu de dépenser dans les programmes sociaux, comme l'éducation. "Étrangement, ces chantiers ont été mis sur pied dans le but de créer de l'emploi. Mais la plupart des Algériens n'ont pas les compétences ou l'expertise pour occuper un emploi. Ou n'ont tout simplement pas d'auto pour se rendre au travail. Les autos sont très chères pour eux. En fait, ce sont les mêmes prix qu'ici, mais leur salaire est dix fois plus bas. Le pays est riche, mais ses habitants sont pauvres."

C'est la compagnie sherbrookoise Les Laboratoires Shermont, une division de Teknika HBA, qui a dégoté le contrat pour le tiers du projet. Après avoir bossé, entre autres, pour le ministère des Transports du Québec et sur le prolongement de l'autoroute 410, on offre à Michel Inkel un billet d'avion pour l'Algérie assorti d'un contrat d'un an. "J'ai eu le goût de connaître autre chose. D'être dépaysé", se souvient-il.

À bas les préjugés!

Pour être dépaysé, le Sherbrookois l'est. En poste depuis mai dernier, il avoue que l'Algérie qu'il imaginait est entièrement à l'opposé de ce qu'il vit présentement. "Les préjugés, les jugements que j'avais sur les musulmans sont tous tombés depuis que je suis arrivé ici. Les intégristes, ils sont à la télé seulement. Ici, c'est beaucoup plus tempéré. Par exemple, oui on voit des femmes voilées, mais elles sont beaucoup plus présentes en campagne. Théoriquement, les musulmans n'ont pas le droit de boire de l'alcool, pourtant, il y a une taverne au centre-ville et plusieurs magasins en vendent. Bref, ils sont beaucoup plus ouverts et tolérants qu'on peut l'imaginer", soutient-il.

Le sens du partage qui anime les Algériens a aussi impressionné Michel Inkel. "Les épiceries ici sont très petites. Elles mesurent trois mètres par trois mètres. Ce n'est pas tellement plus grand. Si tu ne trouves pas ce que tu cher-ches, tu vas dans une autre. Mais bien souvent, ils appellent dans une autre épicerie pour toi. Dans leur mentalité, tous ont le droit de bien gagner leur vie et en ce sens, ils s'entraident entre commerçants."

Alors, faudrait pas s'étonner de retrouver sur une portion d'un kilomètre des dizaines et des dizaines de commerces de pièces d'autos, par exemple. "S'ils n'ont pas ce que tu recherches, ils te di-sent d'aller voir un tel, que lui l'aura. Ils s'échangent des servi-ces de cette façon. La notion d'amitié chez les Algériens est très rapide. On jase un peu et voilà, c'est fait, on est amis. Alors, même s'ils vendent tous la même chose, ils ne sont pas en compétition, puisqu'ils sont amis", explique-t-il.

Source: http://www.cyberpresse.ca/la-tribune/la-nouvelle/200912/16/01-931628-construire-1200-km-dautoroute-a-dix-mille-lieues-du-quebec.php





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